La Nouvelle Star a repris. Ce soir, les épreuves du Théâtre de Paris se terminent et la liste des élus pour une nouvelle saison musicale (ou presque) sera révélée. La musique réduite à des caméras tournant 24 heures sur 24, un jury quasi incompétent et des reprises de Lara Fabian. La recherche de personnalités privilégiée aux détriments de vrais talents, méchanceté gratuite pour renvoyer les candidats (bien que la plupart semble la mériter), défilé de Julien Doré et de fausses rockeuses, ou sinon de fanatiques de chansons françaises. Patricia Kaas, répétons le, c’est Has been. Après la Star Academy et Popstar, c’est pourtant ce que la télévision nous a offert de mieux en télé-réalité musicale. Les zélateurs de bonne musique resteront bien évidemment sur leur fin et c’est dans d’autres programmes qu’il faudra chercher son bonheur. Taratata passe encore même si le risque de croiser Coeur de Pirate et son accent foireux ou autre Diam’s est important. Seul One Shot Not semble parfaire le genre sous les ordres de Manu Katché, pourtant ancien jury de la Nouvelle Star. MTV passe quelques bons clip entre Jackass et une émission débile où les gros seins et les body-buildés sont à l’honneur. Voilà ce qu’on retient du rôle de la musique dans le paysage audiovisuel. Comment en ressortir vivant ? Comment en est-on arrivés là ?

L’Ina.fr regroupes nombreuses émissions, vieilleries, discussion de musiciens et moments forts de quoi parcourir 60 ans de musique: Sur le modèle du Music Hall, c’est dans les années 50 d’Edith piaf ou Yves Montand que se développent les premières émissions musicales. Discorama, dans les années 60, invente la promotion des artistes, rapproche ces derniers des communs mortels et les incite à se livrer tout entier. C’est un tournant. L’arrivée du Rock & Roll et l’importance du texte dans la musique participent à cette évolution de l’industrie musicale dans la télévision. L’inspiration vient d’ailleurs et on reçoit même les Beach Boys dans Age tendre et tête de bois et Pink Floyd dans Bouton Rouge. A partir de 75 la chanson française revient sur le devant de la scène. Bien que la musique s’internationalise, les passages de groupes/chanteurs étrangers sont très rares. Seules exceptions Police et un reportage sur Bob Marley lorsqu’il décède. Il est important de noter que pendant cette période, la télévision boycotte tous les mouvements de contre culture qui pourtant, tiennent un rôle important dans l’évolution de l’arène musicale. Jack Lang résout ce problème en arrivant au ministère de la culture et permet au rock français d’exister: Miterrand annonce 35000 groupes de rock français et les médias relaient le soucis du manque de studio de répétition. Les enfants du Rock poursuivent cette voie (encore un juré de la Nouvelle Star).
Malgré cette évolution, aujourd’hui, accompagnant les télé-réalités, on observe la quasi absence du jazz et des musiques du monde de la programmation du poste. Le rap est l’affaire de quelques rares reportages (merci Joey Starr), le rock fait encore peur et les major compagnies malmènent nos artistes.
Autre débat que celui de la place de la musique dans la télévision, une question simple « Pourquoi? ». Pourquoi les programmes actuels nous intéressent-ils ? Divertissant, certes, mais quoi d’autre ? On passe nos journées devant les chaînes diffusant des clips en boucle du matin au soir. On pleure pour les éliminés qui ne verront jamais Baltard. Et encore plus en entendant « TF1 vous présente le premier single de Jennifer ». Au secours. Démonstration plus que convaincante : la télévision est aliénante. Roland Barthes a étudié ce caractère de la télévision: En effet, il explique que devant la télévision, on devient ce que l’on regarde. Notre conscience, se coïncidant avec le flux d’images et de sons du poste, devient celle de ces derniers: la télévision vide l’esprit. On s’échappe à soi-même. C’est pourquoi la télévision est aujourd’hui la troisième activité de la population française. Pourtant loin d’apaiser, elle stimule le cerveau et joue le rôle d’anesthésiant dont on dépend très rapidement. La télévision censée transmettre des messages ne délivre que celui de la télévision même. Elle devient une fin en soi en nous accoutumant à des ambiances et des sons qui nous deviennent familiers. La télévision nous désocialise, nous abrutit, isole et renferme. Nous n’avons qu’une seule et unique vie. Sommes nous prêts à la vivre par procuration ? Un écran.
Juste un écran.
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