On les avait vus dans un couloir digne d’un hall de gare. Euh pardon, au Liberté Bas, aux Transmusicales, début décembre. On sentait un potentiel énorme, mais dur d’apprécier la musique dans une salle inappropriée. The Whitest Boy Alive et son album Rules ne respectent qu’une règle : surfer sur une vague entre soul, lounge et pop. Et ils doivent tout à un inventeur méconnu…
Cette voix taraude. On la connaît sans arriver à la fixer. Jusqu’au moment où vous tombez sur le dernier Kings of Convenience. Normal, son cofondateur, Erlend Øye, a monté parallèlement The Whitest Boy Alive, en 2006, dans la capitale européenne la plus hype des années 2000. Berlin pour retrouver cette sonorité unique dans de nombreux morceaux depuis les années 1970, ça s’imposait. On retrouve chez eux des effluves de Stevie Wonder.
Le second album (» Rules» ), sorti en mars dernier, n’a pas connu le succès qu’il méritait. Regrettable pour ce bijou qui s’appuie sur une ligne de basse entre funk, lounge et pop. De Phoenix à Jay Jay Johannson en passant par Tahiti 80, les claviers font mouche. Daniel Nentwig a opté pour le piano électrique Rhodes, une version miniature créée pour pallier l’encombrement d’un véritable piano. Un son reconnaissable de tous, légèrement acide.
Car pour la petite histoire, en mission à l’US Air Force en 39-45 chargé de soigner le moral des soldats blessés au front, Harold Rhodes construit donc un piano suffisamment petit et léger pour tenir dans une valise. Plutôt que des cordes, son piano fait vibrer des morceaux d’aluminium récupérés sur les ailes de bombardiers B-17. Avec seulement deux octaves et demi, transportable où bon lui semble, son invention connaît un grand succès. Quelques années plus tard, sa rencontre avec Léo Fender va voir éclore le Piano Bass, ne comportant seulement 32 touches dans un registre grave. La new-wave aurait-t-elle existé sans cette association ?
En 1987, la célèbre marque Roland rachète la marque du vieux militaire mélomane. Avant que cet adepte des brevets d’invention décède en 2000, à l’âge de 90 ans.
En réécoutant au calme The Whitest Boy Alive, on ne retrouve pas l’énergie scénique vue à Rennes. Mais quelle joie de dénicher de riches influences. Dead End n’a rien à envier à une face B de The Cure. Ce final au clavier oldies ramène dans le temps. Savoureux avec la voix épurée de Erlend Øye. Alors que Intentions (kiffante vidéo ci-dessus avec un public qui bouge la tête comme un chien en plastique à l’arrière d’une R16) se hume comme un bon vieux Saint-Germain, Timebomb et ses sonorités acides font retarder l’explosion au maximum. Un disque qui s’écoute d’une traite.
Une certaine schizophrénie se dégage de leur second album. Certains pourraient croire que ce groupe est juste bon à faire une bande annonce du ministère de la Justice. Ou pis, une musique d’ascenseur. Sauf qu’à l’image des Versaillais de Phoenix, The Whitest Boy Alive dévoile ses ailes en live. Pour mieux slamer mon enfant…
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