Les femmes s’en mêlent… Et tant mieux !

Festivals | Funk You Dear | 23/03/2010

Quelques jours après la journée de la femme, la treizième édition du festival « Les Femmes s’en Mêlent » débarque aux Trinitaires à Metz avec un plateau plus qu’alléchant.

 

La guitariste/chanteuse Julie Campbell, alias Lonelady, nous fera revisiter le post-punk à coups de riffs saillants et de mélodies nerveuses à l’inspiration Joy Division. Le groupe Taxi Taxi, soit le duo Miriam et Johanna Eriksson Berhan, nous délivrera un folk délicat et gracieux où la douceur des voix rencontreront la complexité de multiples instruments : guitare, ukulélé, piano, fingerpicking… Enfin la chanteuse irlandaise Olof Arnalds conclura la soirée avec un autre set folk. Après un premier album Við og Við, dit chef d’œuvre pour beaucoup, la dame revient avec Ókídókí enregistré dans les locaux de Sigur Ros. L’évènement européen qui gagne chaque année en reconnaissance et exigence célèbre la scène musicale féminine.

Cette soirée du 27 Mars, loin de seulement glorifier Eve, va louer les talents musicaux de ces trois excellents groupes. Cependant, cette date pose la question de la place qu’occupe la femme dans la musique. Ne nous hasardons pas, tout amateur de musique cédera volontiers à l’avis que seul le génie, l’inspiration, le mérite, la virtuosité comptent. Erreur, je suis tombée il y a quelques jours de cela sur une interview d’Alain Soral (cf. vidéo dans la rubrique « Galerie »). Connu pour se présenter lui-même comme « intellectuel français dissident », l’homme théorise sur la différence entre les hommes et les femmes au niveau de l’art et du pouvoir créateur. Ainsi on apprend que la femme n’est vouée qu’à la reproduction (« elles reproduisent, il n’y a pas d’invention »), elles ne sont que des interprètes, elles freinent les garçons (notamment dans les sciences dures), la raison pure est masculine, etc… L’analyse, appuyée sur des arguments et statistiques intéressants, est pertinente. Pas du tout féministe, le fond de cette pensée me gène néanmoins. Je cautionne l’argument de la passion et de l’intérêt, de la mise à l’écart des femmes, tout en en réfutant la plupart.

Notons que dès l’antiquité, la femme jouait de la musique mais ne pouvait bénéficier de la même formation musicale que les hommes, pour des raisons tout à fait religieuses. Elles composent dès le 18e siècle : Marie de Louvancourt, Mlle. Bayon, Mlle. Elizabeth Lachanterie etc… Au 19e siècle les femmes organistes ont souvent des postes importants. Les premiers prix du conservatoire de Paris leur sont souvent réservés et citons Lili Boulanger pour clore le 20e siècle. Soral évoque Zola pour faire les éloges de la création masculine, il oubliera Georges Sand, Simone De Beauvoir. Et dans tout autre domaine, Marie Curie ? Tatiana Trouvé ? Et Janis Joplin dans tout ça ? Patti Smith ? Grace Slick ? Nico ? Lydia Lunch ? Cocorosie ? Cindy Sanders (je plaisante) ? On pourrait noircir des pages et des pages de noms.

Bien que les femmes soient plus souvent célébrées en tant que muses, sources d’inspiration, modèles (dans la peinture notamment), il ne faut pas réduire son rôle dans l’art à celle d’interprète. Certes, elles excellent dans la matière, mais de nombreuses compositrices, à la joie de nos oreilles, œuvrent avec brio dans l’arène musicale.

La preuve le 27 Mars aux Trinitaires.

Site du festival Les Femmes s’en Mêlent

Site des Trinitaires

 

 

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