Mourir d’un vulgaire cancer ou de vieillesse n’est pas digne d’un artiste qui veut rester dans la légende. En parfaits contre-exemples, Marley, Gainsbourg ou Bashung ont pourtant osé. La solution facile mais efficace : clamser jeune d’excès d’une vie d’arraché ; alternative permettant de rentrer dans le club des 27. Marvin Gaye, Nico ou Elliott Smith ont fait mieux. Pour marquer l’histoire de la musique, ils sont morts de façon stupide ou laissant un mystère. Petite revue partielle de décès peu ordinaires.
Tout fan de musique qui se respecte connaît ce club ou, du moins, le mythe lié à la mort des chanteurs à seulement 27 ans. Une sorte de confrérie réunissant les camés et suicidaires de la planète rock. Hendrix, retrouvé asphyxié après une OD, mais aussi Janis Joplin (là aussi overdose), Jim Morrison (lire plus bas, crise cardiaque) et Kurt Cobain (suicide) restent le quatuor le plus connu. Un bon article de nos confères de Slate permet de faire le point sur l’évolution de ce club fermé. Une pensée particulière pour Denis Wielemans, le batteur des Girls in Hawaï qui s’est foutu en l’air dans un tunnel bruxellois en mai dernier.
La classe versus la mort « François Pignon »
Les superstitieux devaient le savoir. En évoluant dans un groupe au nom évocateur (You Say Party ! We Say Die !), l’un des membres de la formation de Vancouver finirait par en payer le prix. En avril, c’est sur scène que Devon Cliffort a perdu la vie. S’écroulant en plein set, le batteur est décédé officiellement quelques heures plus tard dans un hôpital canadien. De loin, la mort la plus belle pour un artiste. La new-wave punk a trouvé son Molière des temps modernes.
Beaucoup moins glamour, le décès de Jeff Porcaro en 1992. Le chanteur de Toto essayait de faire marcher son barbecue alors qu’il venait d’arroser son jardin d’insecticide. Sans masque et sortant d’une douche chaude, l’artiste est mort en inhalant les vapeurs. Dans le panthéon des mecs qui ne doivent pas en mener large, l’ancien membre des Yardbirds en connaît un rayon. Si sa musique n’avait rien à voir avec Claude François, Keith Relf s’est lui aussi électrocuté dans son bain…. en jouant de la guitare.
Le choix des armes
Douze albums au compteur avec Chicago jusqu’en 1978 n’ont jamais fait de Terry Kath un artiste fort de la scène rock américaine. En revanche, sa mort restera l’une des plus cons de toute l’histoire des chanteurs. Collectionneur d’armes à feu, Terry était en train de s’amuser avec son flingue. Quand les autres lui demandent d’arrêter, ce prétentieux rétorque : « T’inquiète pas, il n’est pas chargé, tu vois bien ! ». Pour le prouver, il met le canon sur sa tempe et appuie sur la gâchette. Dommage cow-boy, le verdict est sans appel : mort sur le coup.
Encore une histoire de pistolet. Sauf que dans celle-ci, le protagoniste subit la loi des balles d’un proche. Marvin Gaye, lors d’une violente dispute, est accidentellement tué par balle par son père. On n’en saura pas plus, excepté que le padre ne sera pas inquiété.
Vomi et baston
Au rayon alcoolique, les vedettes ne manquent pas. En 1980 Bon Scott, le chanteur d’AC/DC, est retrouvé mort dans une voiture, étouffé par son vomi après une soirée trop arrosée. Quelques mois plus tard, l’un des meilleurs batteurs du monde, John Bonham, reste le plus connu. La rumeur relaie 42 shooters de vodka bus en quatre heures pour le percussionniste de Led Zep. Plus ou moins dans son état normal, il trouve la force d’appeler un taxi pour se rendre à la maison de campagne de Page où se trouve un ami qui l’aide à se mettre au lit. Durant la nuit, il vomit alors qu’il est inconscient et s’étouffe.

Jaco Pastorius a tenté plusieurs expériences quasi suicidaires.
C'est pourtant un patron de club qui va le massacrer...
C’est aussi l’un des meilleurs bassistes du monde qui perd la vie d’une façon ignoble. Jaco Pastorius, touché par la folie et SDF, est violemment battu par Luc Havan, responsable du Midnight bottom club en 1987. On retrouve Pastorius gisant, un œil et un bras en très mauvais état, le crâne fracturé et atteint d’une pneumonie. Il meurt dix jours plus tard en n’ayant jamais repris connaissance. Le garçon n’avait pas effectué des séjours en psychiatrie pour rien. Chute d’un balcon en Italie, apparitions sur scène nu, ivre mort, etc. Les anecdotes abondent. Outre le canard en plastique avec lequel il jouait dans son bain (scène rapportée par un musicien qui le cherchait), lors d’une tournée en Allemagne avec Biréli Lagrène, « le » Jaco saute du bus et est retrouvé le lendemain par la police locale dormant dans la neige… en tee-shirt.
Il aurait été injuste d’oublier Jeff Buckley qui meurt noyé, emporté à l’âge de 30 ans par le courant de la Wolf River lors d’une baignade alors qu’il enregistrait son deuxième album. Ni l’alcool, ni les drogues ne seraient responsables du drame. Son père avait fait dans la pure tradition rock, Tim mourant à 28 ans d’overdose.
Le rayon des mystères
Elliott Smith, qui reste l’une des plus voix injustement méconnues, est décédé en 2003. Dépressif chronique, alcoolique et adepte du crack pendant plusieurs années, il est retrouvé poignardé dans sa maison de Los Angeles. Sa petite amie, Jennifer Chiba, venait de s’enfermer dans la salle de bains suite à une prise de gueule. Elle entend soudain un cri et découvre le chanteur, poignardé de deux coups de couteau dans le coeur. On ne sait pas s’il s’agit d’un suicide ou d’un homicide.
Idem pour Kurt : le suicide ne serait-il pas déguisé par la mère de sa fille, Courtney Love ? Comme toute rock star qui se respecte, un doute planera toujours à propos du junkie de Seattle. Jim Morrison en sait quelque chose : sa compagne Pam Courson, qui le trouve mort dans sa baignoire, aurait perdu la vie à cause d’une overdose d’héroïne. Mais le mystère demeure toujours autour des véritables circonstances de sa mort, en l’absence d’autopsie officielle.
A ce niveau, le guitariste fondateur des Rolling Stones reste un modèle. Brian Jones, soi-disant mort noyé dans sa piscine en 1969, aurait été aidé. L’enquête a été rouverte…
Le suicide a toujours été une valeur sûre du rockeur mal dans sa peau. Ian Curtis, en proie à une dépression chronique couplée à des crises d’épilepsie et une vie conjugale horrible, se pend dans sa cuisine en 1980. Ce qui est rock dans son attitude, c’est cette faculté à foutre en l’air le moral des fans et de son staff à la veille d’une tournée aux Etats-Unis qui s’annonçait triomphale.
Quant à Stiv Bators, chanteur de Lords of the New Church, il décède après avoir été heurté par un taxi à Paris en 1990. Il était fan de Jim Morrison ; l’urne funéraire a été déposée sur la tombe du leader des Doors. Ses cendres auraient été dispersées sur le marbre du Père-Lachaise. Ca, c’est rock comme dirait Eddy le quartier !
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